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Il y a quelque chose de presque déroutant dans l’enchaînement qui mène de Mardi gras au Mercredi des Cendres. En l’espace de vingt-quatre heures, on passe du rire à la poussière, du banquet au jeûne, de l’excès assumé à la sobriété revendiquée. Comme si la foi se permettait une dernière respiration bruyante avant de s’enfoncer dans le silence.

À première vue, ces deux fêtes semblent s’opposer radicalement. Un jour, on mange des crêpes, des beignets, on se déguise, on rit parfois bruyamment. Le lendemain, on entre dans une église silencieuse, on reçoit un peu de cendre sur le front, et l’on entend une parole grave :

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Marc 1.15) ou
« Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3.19).

Ces deux jours – Mardi gras et Mercredi des Cendres – se suivent, se frôlent, presque se heurtent. Ils ouvrent le Carême, cette période de quarante jours qui conduit à Pâques. Leur enchaînement, loin d’être anecdotique, met en scène une tension fondatrice de la foi chrétienne : la joie et la gravité, la fête et la repentance, la grâce offerte et la vérité sur soi.

Mardi gras : une fête culturelle, populaire, non biblique

Concrètement, Mardi gras est le dernier jour avant l’entrée en Carême. Dans les sociétés chrétiennes traditionnelles, il correspondait à la nécessité très pratique d’achever les réserves d’aliments riches comme la viande, les œufs, le beurre… qui ne seraient plus consommés pendant plusieurs semaines. D’où les plats encore associés à cette journée : crêpes, gaufres, bugnes, beignets. Peu à peu, ce jour est devenu un moment de relâchement festif : carnavals, déguisements, inversions de rôles, satire sociale. On se masque, on rit, on exagère. Mardi gras agit comme une soupape collective avant un temps plus austère.

Il faut le souligner sans détour : Mardi gras n’est pas une fête biblique. Aucun texte de l’Écriture ne l’institue ni ne la recommande. Elle est le fruit d’une histoire culturelle et ecclésiale, surtout médiévale. Pourtant, elle n’est pas née contre la foi, mais à l’intérieur du monde chrétien, comme une manière humaine de marquer un passage.

La joie dans la Bible : une fête reçue, non consommée

Cette pratique populaire pose une question essentielle : quelle place pour la fête dans la foi biblique ? Contrairement à une idée reçue, la Bible ne se méfie pas de la joie. Jésus est régulièrement à table, au point d’être accusé d’être « un glouton et un ivrogne » (Matthieu 11.19). Il participe à des noces, transforme l’eau en vin à Cana (Jean 2), mange avec les pécheurs. L’Ecclésiaste rappelle qu’il y a « un temps pour pleurer et un temps pour rire » (Ecclésiaste 3.4). Les psaumes sont traversés par la louange, la danse, la musique. Mais la joie biblique n’est jamais pure consommation. Elle est réponse à un don, reconnaissance d’une bonté reçue.

C’est là que Mardi gras peut être relu de manière critique mais bienveillante. Il révèle une intuition juste : la foi n’abolit pas la joie. Mais il révèle aussi un risque : croire que la joie se mesure à l’excès. Or, dans l’Évangile, la joie la plus profonde est souvent sobre, intérieure, silencieuse. Elle naît de la rencontre, du pardon, de la grâce.

Le Mercredi des Cendres : un geste simple, un langage biblique

Le lendemain de la fête, le contraste est volontairement saisissant. Le Mercredi des Cendres, les chrétiens qui le veulent entrent dans une église et dans le cadre d’un service religieux dépouillé, l’officiant trace sur le front une croix de cendre, généralement issue des rameaux de l’année précédente.

Ce geste n’est pas explicitement commandé par la Bible, mais le symbole des cendres, lui, est profondément biblique. Dans l’Ancien Testament, les cendres accompagnent le jeûne, la supplication, la repentance. Job déclare :

« Je me rétracte et je me repens sur la poussière et sur la cendre »
(Job 42.6).

À Ninive, les habitants jeûnent et se couvrent de cendres à l’appel de Jonas (Jonas 3.6). Daniel prie

« dans le jeûne, le sac et la cendre » (Daniel 9.3).

Les cendres sont un langage du corps. Elles disent ce que les mots peinent parfois à formuler : la fragilité humaine, la finitude, la dépendance radicale à Dieu.

La formule prononcée lors de l’imposition des cendres peut sembler rude. Mais ce « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » est une parole de vérité, non de désespoir. Elle ne vise pas à humilier, mais à désillusionner. Rappeler à l’homme qu’il est poussière, ce n’est pas nier sa dignité, c’est la fonder ailleurs que dans l’illusion de toute-puissance. D’ailleurs, la Bible n’en reste jamais à la poussière. Le psaume 113 proclame : « De la poussière il relève le faible ». La repentance biblique n’est pas une complaisance dans la tristesse, mais une lucidité ouverte à la grâce. Les cendres ne ferment pas l’avenir : elles l’ouvrent.

Le Carême : quarante jours pour réapprendre l’essentiel

Le Carême est une période spéciale de quarante jours qui commence le Mercredi des Cendres et conduit à Pâques, sans compter les dimanches, considérés comme des jours de fête et de célébration de la résurrection. Cette durée symbolique renvoie aux quarante jours de Jésus au désert, aux 40 jours de Moïse au Sinaï, ou d’Élie à l’Horeb, aux quarante années d’Israël dans le désert, ainsi qu’aux quarante jours de pluie lors du déluge. Le mot Carême lui-même vient du latin quadragesima, qui signifie simplement « quarantième » : il désigne un temps mis à part, une traversée, un chemin de dépouillement en attendant et espérant la vie nouvelle de Pâques.

Attesté dès les IIIᵉ et IVᵉ siècles, le Carême fut d’abord un temps de préparation intense au baptême et à la célébration pascale. À l’origine, il impliquait un jeûne strict : un seul repas par jour, sans viande ni produits animaux. Avec le temps, les pratiques ont évolué. Aujourd’hui, trois axes sont souvent privilégiés : jeûne, prière et partage. Le jeûne, qui génère une forme de faim appelée à rééduquer le désir, ne se limite d’ailleurs plus à l’alimentation ; il peut concerner d’autres formes de sobriété, librement choisies.

Dans la Bible, le jeûne n’est jamais une fin en soi. Le prophète Esaïe dénonce un jeûne purement extérieur et appelle à un jeûne qui libère, partage et restaure la justice (Esaïe 58). Jésus lui-même jeûne quarante jours, non pour se mortifier, mais pour ajuster ses désirs à la volonté de Dieu. Cette intuition traverse d’autres traditions religieuses. Le Ramadan, dans l’islam, propose lui aussi un temps de privation volontaire pour se rendre plus disponible à Dieu, à la prière et à la solidarité. Dans le bouddhisme comme dans l’hindouisme, on trouve également des formes de jeûne ou d’ascèse, souvent liées à la méditation, à la maîtrise des désirs ou à la purification intérieure. Sans confondre les pratiques ni les visions du monde, on peut y voir une convergence :  l’être humain a besoin, parfois, de renoncer pour mieux recevoir.

Conclusion : repentance et grâce en dialogue

Ni Mardi gras, ni le Mercredi des Cendres, ni même la forme actuelle du Carême ne sont des prescriptions bibliques directes. Ce sont des constructions historiques, culturelles, ecclésiales. Mais elles ne sont pas inutiles. Elles aident à vivre une dynamique profondément biblique : passer du trop-plein à l’essentiel, du bruit au silence, de la dispersion à la conversion. Entre le rire et la cendre, la foi chrétienne trace un chemin étroit mais lumineux : celui d’une joie qui accepte d’être purifiée, et d’une repentance qui n’oublie jamais la grâce.

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