Chaque année, au début du mois de novembre, deux célébrations chrétiennes se succèdent dans le calendrier : la Toussaint, le 1er novembre, et la fête des morts (commémoration des défunts), le 2 novembre. La première célèbre tous les saints, connus ou inconnus ; la seconde invite à faire mémoire de ceux qui nous ont quittés. La veille, le 31 octobre, une troisième fête, venue d’ailleurs et devenue populaire, attire petits et grands : Halloween, avec ses citrouilles, ses fantômes et ses déguisements effrayants.
Ces trois rendez-vous ont des histoires différentes, mais ils se croisent autour de questions essentielles : Qui sont les saints ? Que deviennent ceux que nous aimons après leur mort ? Et comment vivre avec la mort sans en être prisonnier ? Derrière les traditions, c’est notre rapport à la vie, à l’invisible et à l’espérance qui se dessine.
En résumé : la Toussaint célèbre les saints, la fête des morts honore les défunts, et Halloween est la veille de la Toussaint devenue fête populaire.
Toussaint et fête des morts : quelle différence ?
Le 1er novembre est souvent associé aux visites au cimetière. Pourtant, la Toussaint n’est pas, à proprement parler, la fête des morts. Dans le calendrier catholique, elle célèbre tous les saints, tandis que la commémoration des fidèles défunts a lieu le 2 novembre.
Ces deux célébrations se sont développées au fil des siècles. Dès les premiers temps du christianisme, des communautés faisaient mémoire des martyrs, ces chrétiens morts pour leur foi. Progressivement, des célébrations en l’honneur de tous les saints se sont développées. En Occident, la date du 1er novembre s’est imposée au VIIIe et au IXe siècle. Vers l’an 998, Odilon, abbé de Cluny, encouragea ses monastères à consacrer le 2 novembre à la commémoration de tous les défunts. Cette pratique se répandit ensuite largement dans l’Église occidentale. Au fil du temps, les deux dates se sont rapprochées dans les habitudes populaires. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup associent spontanément la Toussaint au souvenir des disparus. Ces traditions témoignent d’une préoccupation profondément humaine : Comment honorer ceux qui nous ont précédés ? Comment faire une place à ceux qui ne sont plus là ? Et comment continuer à vivre lorsque la mort a bouleversé nos relations ?
Qui sont les saints selon la Bible ?
Dans la tradition catholique notamment, certains hommes et certaines femmes sont officiellement reconnus comme « saints » en raison de leur vie chrétienne exemplaire. Ils peuvent être proposés comme modèles de foi, et les fidèles peuvent leur demander d’intercéder auprès de Dieu.
La Bible emploie toutefois le mot « saint » d’une manière plus large. Dans ses lettres, l’apôtre Paul s’adresse aux « saints » de différentes communautés chrétiennes. Il écrit ainsi « à ceux qui ont été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints » (1 Corinthiens 1.2). Les destinataires de ses lettres ne sont pas des personnages exceptionnels dont la vie aurait été reconnue des siècles après leur mort. Ce sont des croyants bien vivants, avec leurs qualités, leurs difficultés et leurs contradictions. Pour Paul, être « saint » signifie d’abord appartenir à Dieu, être appelé par lui et vivre une existence progressivement transformée par cette relation. La sainteté n’est donc pas nécessairement le privilège d’une élite spirituelle. Elle est une vocation proposée à tous ceux qui veulent suivre le Christ.
Cette perspective invite à regarder autrement les personnes que nous admirons pour leur foi. Leur vie peut nous inspirer et nous rappeler ce que signifie aimer Dieu et son prochain. Mais la Bible présente le Christ comme l’unique médiateur entre Dieu et les humains (1 Timothée 2.5). Nous pouvons nous approcher directement de Dieu, sans avoir besoin de solliciter l’intercession de personnes décédées. Reste alors une question : Quel lien existe-t-il entre les vivants et les morts ? Les défunts continuent-ils à nous voir, à nous entendre ou à intervenir dans notre existence ?
Que deviennent les morts selon la Bible ?
Selon la Bible, la mort est comparée à un sommeil inconscient, dans l’attente de la résurrection.
Sur cette question, les chrétiens ne partagent pas tous la même compréhension. Certains pensent que l’âme survit consciemment à la mort du corps et poursuit son existence dans l’au-delà. D’autres comprennent la mort comme un état d’inconscience dans l’attente de la résurrection. Que nous disent les textes bibliques ?
Dans le livre de l’Ecclésiaste, on lit que « les morts ne savent rien » (Ecclésiaste 9.5). Le texte précise qu’ils ne prennent plus part à ce qui se fait sous le soleil. Cette affirmation décrit la mort comme la fin de la participation consciente à l’existence présente.
Dans l’Évangile de Jean, Jésus emploie lui-même l’image du sommeil lorsqu’il apprend la mort de son ami Lazare. Il annonce d’abord à ses disciples : « Lazare, notre ami, dort » (Jean 11.11). Comme ils comprennent ses paroles au sens littéral, Jésus leur dit clairement que Lazare est mort. Pourquoi cette image du sommeil ? Parce qu’elle évoque un état temporaire, dont on peut se réveiller. Elle prend tout son sens lorsque Jésus se rend au tombeau et rappelle Lazare à la vie. Le récit met ainsi l’accent sur le pouvoir du Christ de rendre la vie à celui qui est mort.
Paul développe la même espérance lorsqu’il écrit aux chrétiens de Thessalonique. Il ne leur demande pas de ne pas pleurer leurs proches, mais de ne pas s’abandonner au chagrin « comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1 Thessaloniciens 4.13). Il annonce que, lors du retour du Christ, « les morts en Christ ressusciteront premièrement », avant de décrire les retrouvailles entre les croyants et leur Seigneur (1 Thessaloniciens 4.16-17).
Ces textes orientent vers une compréhension de la mort comme un sommeil inconscient, dans l’attente de la résurrection, plutôt que comme une existence consciente dans un autre monde. Ils ne nient ni la valeur de la vie humaine ni l’importance du souvenir. Ils déplacent le centre de notre espérance ; celle-ci ne repose pas sur la possibilité de communiquer avec les morts, mais sur la promesse de Dieu de les relever de la mort. Cela ne signifie pas que nous devions cesser de penser ou d’honorer ceux qui nous ont quittés, de regarder leurs photos ou de raconter leurs histoires. Le souvenir et l’amour ont toute leur place dans le deuil. Nous pouvons demander à Dieu de nous consoler, de nous soutenir dans l’épreuve et de nous aider à continuer à vivre. Mais nous n’avons pas besoin de supposer que nos proches décédés nous entendent pour continuer à les aimer.
Halloween : une fête à regarder avec discernement
Le nom Halloween vient de l’expression anglaise All Hallows’ Eve, qui signifie « veille de la Toussaint ». Son histoire est complexe et intègre diverses traditions populaires des îles Britanniques, des références chrétiennes et des coutumes liées à la période automnale. On la rapproche souvent de Samain, une fête du calendrier celtique, mais il serait simplificateur de ramener toutes les pratiques modernes d’Halloween à une origine unique. La fête a ensuite connu d’importantes transformations, notamment en Amérique du Nord, avant de se diffuser largement dans d’autres pays. Aujourd’hui, pour beaucoup de familles, elle est surtout l’occasion de se déguiser, de décorer des citrouilles et de partager des friandises.
Faut-il pour autant considérer Halloween comme une fête anodine ? La réponse mérite davantage de discernement qu’un simple oui ou non. Le goût des histoires effrayantes, des monstres et des fantômes peut relever du jeu, de l’imaginaire ou de la culture populaire. Un déguisement ne traduit pas nécessairement une croyance. Mais Halloween peut aussi nourrir une fascination pour les esprits, la magie ou la possibilité d’entrer en contact avec les morts. C’est sur ce terrain que la réflexion biblique devient pertinente.
Dans l’Ancien Testament, le livre du Deutéronome met en garde contre la divination et les pratiques visant à consulter les morts (Deutéronome 18.10-12). Ces avertissements invitent le peuple à chercher auprès de Dieu la lumière nécessaire à sa vie plutôt qu’à tenter de maîtriser l’avenir ou de solliciter des puissances invisibles.
Pour les chrétiens, cette mise en garde ne devrait pas conduire à soupçonner toute personne qui participe à Halloween. Elle invite plutôt à s’interroger sur ce que nous entretenons dans notre imaginaire et dans nos pratiques. La mort est-elle un sujet dont nous pouvons parler avec lucidité, ou devient-elle un spectacle destiné à nous faire frissonner ? Cherchons-nous à apprivoiser nos peurs, ou à entretenir l’idée que les morts et les esprits pourraient intervenir dans notre quotidien ? La foi biblique ne prétend pas que tout ce qui nous est invisible est nécessairement menaçant. Elle nous invite cependant à ne pas rechercher auprès des morts des réponses ou des pouvoirs que nous sommes appelés à recevoir de Dieu.
Une espérance plus forte que la mort
Au fond, ces trois rendez-vous de l’automne nous ramènent à une même réalité. La Toussaint nous invite à réfléchir à la sainteté et aux exemples de foi qui ont marqué l’histoire chrétienne. La commémoration des défunts nous rappelle ceux qui nous ont quittés. Halloween révèle, à sa manière, notre fascination persistante pour la mort et l’invisible.
Mais la Bible ouvre une autre perspective. Elle ne minimise ni la douleur du deuil ni la gravité de la mort. Elle ne demande pas aux croyants de faire comme si la séparation n’existait pas. Jésus lui-même a pleuré devant le tombeau de Lazare (Jean 11.35). La foi n’est pas l’absence de chagrin ; elle est la possibilité de traverser ce chagrin sans renoncer à l’espérance. Pour les chrétiens, cette espérance repose sur la résurrection de Jésus. Si la mort semble aujourd’hui avoir le dernier mot, le récit de Pâques annonce qu’elle n’est pas une fatalité définitive. Paul ose même la défier : « Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? » (1 Corinthiens 15.55). L’Apocalypse pousse cette espérance jusqu’à son horizon ultime ; un monde où Dieu essuiera toute larme, où la mort ne sera plus, et où le deuil, les cris et la douleur auront disparu (Apocalypse 21.4).
Nous n’avons pas besoin de nier la mort pour espérer. Peut-être est-ce là l’une des promesses les plus fortes de la foi biblique : La mort n’aura pas le dernier mot. Et si nous ne savons pas répondre à toutes les questions qu’elle soulève, nous pouvons nous appuyer sur celui qui a promis de la vaincre. Au-delà des traditions, des fleurs déposées sur les tombes et des représentations de l’invisible, une question demeure : Si la mort n’était pas le dernier chapitre de notre histoire, qu’est-ce que cela changerait à notre manière de vivre aujourd’hui ?
Vous traversez un deuil ou vous vous posez des questions sur la mort ? Écrivez-nous : quelqu’un vous répondra personnellement.


